Les différentes politiques de relance et d’industrialisation ne permettent pas à ce stade d’espérer attirer des investissements privés lourds dans l’un des secteurs les plus redoutés par les banques.

Enfonçant davantage le clou sur cette épineuse question, un rapport de la plate-forme d’information sur l’aide au développement AidData renseigne que la probabilité de mener une réforme réussie est plus faible dans l’agriculture que dans n’importe quel autre domaine. En dépit d’un potentiel aussi énorme dans le secteur agricole, la question liée à l’attractivité est bien plus préoccupante qu’on ne le pense. Certes, ces dernières années, le secteur agricole a recommencé à susciter de l’intérêt mais l’on est encore loin d’un déclic après cinquante ans de constante régression. En effet, à une certaine époque, le pays pouvait garantir la sécurité alimentaire. Même avec 80% de population rurale, la RDC meurt de faim.

Selon un banquier contacté par la rédaction, une demande de crédit agricole a du mal à passer dans la vingtaine de banques que compte le pays. D’abord, parce que très peu de banques sont outillées pour examiner des projets dans ce secteur, a-t-il insisté. Et cela ne doit pas éluder la bonne santé du crédit, de l’encours et de l’épargne avec plus 20% de croissance en 2014. Mais il y a un problème spécifique au secteur agricole. « Les banques ne peuvent pas intervenir en amont de la production. Le risque est tellement important qu’elles préfèrent octroyer leurs crédits au moment où l’opérateur agricole se rapproche de la commercialisation», a ajouté ce banquier.

Lorsqu’il s’agit d’attirer des investissements privés pour relancer l’agriculture en RDC, le problème de l’accès au crédit est bien réel. Les banques rechignent à s’engager dans une telle démarche jugée trop hasardeuse. Et le résultat est indiscutable : moins de 1% du portefeuille de crédit des banques est allouée au secteur agricole. Comme l’a expliqué un expert, il y a un lien entre l’économique et le financier. La croissance économique est le résultat de l’accroissement des activités et de la disponibilité des crédits pour les entrepreneurs. Or, la croissance économique assure généralement un meilleur accès au crédit.

Avec le concours du Fonds d’inclusion financière (FPM), une étude pourra très bientôt permettre de dresser une cartographie de la demande en financement dans le secteur agricole. Déjà, il est prévu le lancement des programmes d’assistance technique à l’attention des banques et institutions de microfinance. L’on apprend par ailleurs que beaucoup de banques auraient exprimé leur totale adhésion à la démarche. Elles espèrent ainsi tirer le plus large profit de cette formation.

D’autres paramètres contribuent à réduire l’attractivité du secteur agricole. Le dernier rapport d’AidData met en lumière des contraintes liées à la propriété foncière et à la pression de certaines organisations internationales. Ce document est le fruit des entretiens réalisés avec plus de 6000 décideurs et professionnels de l’aide internationale dans 126 pays à travers le monde. Pour les acteurs interrogés, il est vraiment plus difficile pour les organisations de coopération internationale d’implémenter les changements dans les politiques gouvernementales.

Pour le cas de la RDC, certains experts ont insisté sur la difficulté d’appliquer une approche commune entre les organisations de coopération internationale attachées généralement au développement de la production familiale, et l’État congolais qui souhaite atteindre un niveau de production à grande échelle. « Avec les négociations en cours sur les OMD, ces organisations devraient plus prêter attention à l’impact de leurs décisions ».