Partir de la téosinte, ancêtre à tiges multiples, l’homme a sélectionné pendant des millénaires les maïs adaptés à ses besoins. Résultat, des variétésproductives et une diversité étonnante ! Des épis de toutes les tailles, et des grains jaunes, bleus, pourpres.

Une analyse de Jean Beigbeder, expert en ressources génétiques au sein de l’association Pro-Maïs.

Originaire des régions tropicales

L’histoire de cette céréale, c’est une épopée de 9.000 ans faite d’adaptation et de domestication dans des environnements variés et contraignants.Des découvertes récentes dans les grottes de Xihuatoxtla au Mexique attestent d’une domestication autour de 6.600-6.900 avant JC, dans la moyenne vallée du Rio Balsas. Cette aire d’origine est située à 1.500 mètres d’altitude. Les étés y sont humides et les hivers secs. L’adaptation aux zones tropicales (jours courts, climat humide) lui confère une tolérance aux maladies fongiques, explique le spécialiste. 

Ses principales zones de culture actuelles (Etats-Unis, Chine, Brésil, Argentine, nord de l’Europe) sont bien sûr aussi caractérisées par des étés humides. Dans les régions à été sec, l’homme a pallié le manque de précipitations avec des cultures extensives sans irrigation (Europe de l’Est et Afrique du Sud), ou irriguées (Egypte, sud de l’Europe et nord du Mexique).

De la téosinte au maïs, une expansion géographique source de biodiversité

mais d'agrophytexLes ancêtres des Incas et les Mayas découvrent dans la téosinte une source d’énergie et décident de la cultiver. La sélection commence. Il s’agit de conserver les meilleurs grains, en privilégiant les gros épis, à chaque récolte. En les croisant, ils transforment ce « maïs » originel. Il s’opère un passage à des grains nus et gros, expliquant la digestibilité inégalée du maïs pour les volailles et les porcins, analyse Jean Beigbeder. 

La photosynthèse du maïs est plus efficace que celle du blé et du riz. Son potentiel de rendement est supérieur, ainsi que son efficacité dans l’utilisation de l’eau. C’est cette plante déjà « améliorée » que les explorateurs ramènent en Europe au 15ème siècle. En moins de deux siècles, le maïs se diffuse, chaque région cherchant à l’adapter à ses conditions locales et à l’y stabiliser.

Des hybrides au service d’une agriculture durable

Il y a 9.000 ans, les ancêtres des Incas et les Mayas cherchaient déjà à augmenter les rendements et à adapter la plante à des conditions environnementales nouvelles. 

Depuis les années 1950, les hydrides contribuent aux progrès génétiques permettant d’atteindre ces buts. L’homogénéité phénotypique de l’hybride découle des lois de la génétique, cette homogénéité disparaissant dans les générations suivantes, explique le spécialiste. Un agriculteur peut choisir les hybrides les mieux adaptés à son environnement. Tous les expérimentateurs, services officiels, instituts techniques, prescripteurs, participent à ce gigantesque tri inter-variétal. Ils ont entre leurs mains un vaste potentiel d’adaptation au changement climatique. 

Le résultat n’est pas seulement l’augmentation des rendements. La rusticité des variétés s’est particulièrement améliorée en ce qui concerne leur tolérance à la sécheresse, la résistance aux maladies et aux dégâts des ravageurs, constate Jean Beigbeder.

La conservation essentielle des ressources génétiques

Depuis 1979, la conservation des ressources génétiques du maïs est assurée via la collaboration des entreprises réunies au sein de l’association Pro-Maïs, et de l’INRA. 

L’Institut de recherche agronomique gère les chambres froides et les bases de données, tandis que les entreprises multiplient les semences et co-financent les projets de recherche. 1.236 variétés sont ainsi maintenues dans cette collection « de réseau », tenue à la disposition de tous les sélectionneurs, publics ou privés. 

Article issu de la journée Biodiversité organisée par le Gnis le 21 septembre 2011 à Pau-Montardon.