Les techniques s’affinent pour calculer la quantité d’engrais azotés à apporter aux cultures. Cela permet d’éviter le trop-plein de nitrates qui passent dans le sol, puis l’eau.

Quand le ciel se range du côté des agriculteurs… Du moins, les drones et les satellites qui leur fournissent des clichés. Des images un peu particulières puisqu’elles mesurent l’énergie solaire réfléchie par les plantes : les néophytes n’y verront que des taches de couleur, des experts y liront, eux, la teneur en chlorophylle des cultures et donc leur degré de développement. À partir de là, il est possible d’estimer au plus juste les besoins en engrais d’une plante. Les agriculteurs passent par des sociétés spécialisées pour obtenir ces images.

La coopérative Agora de Clairoix, à côté de Compiègne, recense environ 400 agriculteurs qui recourent à Farmstar. Cette entreprise basée à Toulouse prend les clichés et analyse les plantations de blé, colza et orge. «  Cela représente 22 700 hectares  », observe Emmanuel Letesse, responsable des services au sein de la coopérative.

Un des intérêts de cette technique ? Éviter de gaver les plants plus que nécessaire, et donc éviter que le trop-plein d’engrais azotés ne passe dans les sols, amenant des nitrates dans les nappes phréatiques. Cette technique dite «  d’agriculture de précision  » est utilisée depuis des années, et s’affine encore. La Chambre d’agriculture de l’Oise organisait ainsi, la semaine dernière, une démonstration des dernières avancées, dans un champ d’Armancourt, à côté de Compiègne.

« Accéder au marché de qualité »

«  Sur une parcelle, la nature du sol n’est pas homogène, il y a différentes zones, cela joue sur le développement des cultures  », explique Hervé Ancellin, exploitant à Bienville. La Chambre d‘agriculture a présenté un épandeur dernier cri. À bord du tracteur, un GPS amélioré intègre les données révélées par les images prises du ciel. Il est relié à l’épandeur. Du coup, l’apport d’engrais est modulé suivant les zones. Un matériel qui coûte environ 20 000 euros. Des subventions sont possibles. L’exploitant n’a plus besoin de faire une moyenne pour l’ensemble de la parcelle ou coller une carte sur son pare-brise.

Hervé Ancellin recourt aux images satellite depuis «  six, sept ans  » en passant par la coopérative agricole Agora. «  L’environnement, c’est notre outil de travail, on souhaite qu’il soit protégé  », observe-t-il.

L’agriculteur y trouve également son compte sur le plan économique. Pas de gaspillage d’engrais. Ni trop peu. Car cela marche dans les deux sens. «  C’est super-important pour accéder au marché de qualité  », observe Hervé Ancellin. En apportant suffisamment d’engrais azoté, il assure une teneur en protéines assez élevée pour vendre son blé sur le marché meunier, et non fourrager. Deux circuits différents, qui n’offrent pas les mêmes gains. «  En août dernier, le blé valait 120 euros par tonne en fourrager, 150 euros par tonne en meunier  », note le cultivateur.

Est-il intéressé par l’épandeur présenté ce mardi 12 mai, à Armancourt ? «  Pas pour l’instant. C’est encore très nouveau, cela demande un investissement. De plus, la question ne se pose pas, mon épandeur n’est pas en phase de renouvellement. »